Trop vieille pour être consommée ?? Sans regrets ! :)

Femme de 50 ans

Femme de 50 ans

Yann Moix a provoqué de vives réactions après la publication de son interview sur Marie-Claire le 4 janvier 2019, dans lequel il confiait « être incapable d’aimer » une femme de son âge, et ne sortir qu’avec des femmes asiatiques.
Lorsque qu’on lui demande s’il pourrait aimer une femme de 50 ans, il répond en effet :

« Je trouve ça trop vieux. Quand j’en aurai 60, j’en serai capable. 50 me paraîtra alors jeune. »

« Ça ne me viendrait pas à l’idée. Elles sont invisibles. Je préfère le corps des femmes jeunes, c’est tout. Point. Je ne vais pas vous mentir. Un corps de femme de 25 ans, c’est extraordinaire. Le corps d’une femme de 50 ans n’est pas extraordinaire du tout ».

Pourquoi ça pique ?

Ça pique car trop longtemps les femmes de plus de 50 ans, ménopausées, ont été considérées comme « périmées », alors que les hommes du même âge ou plus ont pu continuer à être valorisés, conservés par leurs pouvoirs politiques et économiques.

Ça pique parce qu’à 50 ans, nombreuses sont les femmes qui ont aussi été mères, qui ont vu leurs corps être affaiblis par les grossesses et qui, bien souvent, pour mieux se concentrer sur le bien être de leurs petits, ont aussi mis de côté leurs désirs de femmes. Et lorsqu’elles retrouvent enfin la disponibilité de se recentrer sur elles-mêmes, c’est leur estime d’elles-mêmes et la confiance dans leur capacité à séduire qui leur faut reconquérir.

Ça pique, parce que cela renvoi à toute femme, qu’elle ait été mère ou pas et quelque soit son âge, ce qu’une société dirigée majoritairement par le désir des hommes leur a rabâché, implicitement, de génération en génération : « Votre seule vrai valeur est le désir que votre corps peut susciter », « dépenser toutes vos ressources pour en prendre soin et prenez garde à votre date de péremption « .

 

Amour ou consommation ?

Yann Moix est loin d’être le premier et le seul à exprimer sa préférence pour les corps plus jeunes que lui. Et comme beaucoup dans son cas, sa notoriété et son pouvoir économique le dispense de se soucier que son propre corps puisse susciter le même degré de désir.

C’est ça qui dérange réellement, je pense, « l’achat » d’un corps plus jeune… qui plus est se fait en grande majorité dans un sens unique, puisque les hommes se retrouvent plus facilement dans une situation de pouvoir leur permettant, et qu’ils sont aussi portés par une culture les excusant davantage. Lorsqu’il se fait au bénéfice d’une femme, la stigmatisation sera beaucoup plus forte, on parlera en effet de « gougar ».

Que les choses soient claires, il n’est pas question de complicité, de jeu de séduction, ni de sentiments. Nous ne parlons donc pas ici de couples qui s’aiment et se désirent malgré leur différence d’âge car quelque chose de réellement magnétique se passent entre eux.

Non, dans cet entretien, il n’est question que de la vue d’un corps et du désir qu’il suscite, pas de la force d’interaction entre deux individus qui ont quelque chose à partager.

On perçoit ce rapport de force du consommateur et consommée, particulièrement avec ce besoin que le corps consommé soit en meilleur état que le sien et l’assurance de savoir que son pouvoir d’achat saura le satisfaire. Cela ne fait-il pas penser à un vampire qui chercherait à aspirer la jeunesse ou santé perdue ?

 

Le regret de ne pas être perçue comme consommable ?

Parmi les réactions que cet interview a suscité, de nombreuses quinqua se sont senties vexées de ne pas être considérées comme sexys. Certaines ont même voulu lui montrer qu’il avait tort, en lui montrant leurs atouts.

Mais est-ce réellement la chose sur laquelle il faudrait s’arrêter ? Si un homme (ou une femme) ne recherche avant tout qu’un corps, que peut-on espérer d’une telle relation ?

Sans même aller jusqu’à parler de sentiments, si l’attitude adoptée et donc le jeu de séduction qui peut se développer n’est pas une priorité, peut-on espérer seulement prendre son pied ?

 

Plaisir visuel vs connexion émotionnelle

Je comprends cependant l’attraction que l’on peut ressentir à la vue de la beauté d’un corps : à 24 ans, je suis moi-même sortie avec un homme qui aurait pu être top model car tout dans sa physionomie athlétique était à couper le souffle et merveilleusement proportionné, avec un visage singulier et des cheveux magnifiques pour sublimer le tout.

J’aurai pu contempler son corps nu pendant des heures, et oui le désir ressenti était brûlant…

Mais a-t-il été l’homme avec qui j’ai eu le plus de plaisir cependant ? Celui avec qui j’ai partagé le plus de moments émotionnels forts ? Ou encore celui avec qui j’ai pu construire le plus de choses ?

Non.

Depuis, j’ai rencontré d’autres hommes qui, en laissant transparaître leur sensibilité, m’ont touchée et émue, avec qui je me suis sentie bien et avec qui j’ai pu, du coup, me découvrir un peu plus moi-même.

J’ai appris à faire la distinction entre beauté et charme, pour me rendre compte que le second a un impact bien plus profond, que le sourire franc et spontané qu’un homme pouvait m’offrir lors d’un échange complice, me faisait bien plus d’effet au fond qu’un corps parfait. Que finalement c’est plutôt l’énergie que l’autre apportait qui faisait toute la différence : on trouve des personnes de 20 ans qui sont déjà ternes et désabusées, alors que d’autres réussissent à rayonner jusqu’au bout de leur vie, en gardant un dynamisme, une chaleur et surtout une ouverture d’esprit qui inspirent. 🙂

Je me suis aussi rendue compte, qu’il était absurde de se focaliser sur une tranche d’âge ou un profil en particulier, puisque au final les hommes qui ont réussi à capter le plus mon attention, ne correspondaient pas à ce que je pensais rechercher initialement.

 

Une femme de 50 ans pourrait-elle aimer Yann Moix ?

Du coup à la lecture de l’interview de Yann Moix, je me dis que si certaines jeunes femmes peuvent peut-être être tentées d’avoir une relation avec lui, car elles se cherchent encore et ont besoin d’expérimenter ce qu’elles aiment ou pas, je ne voix pas trop ce que lui pourrait apporter à une femme plus mûre qui se connaît davantage et sait ce qu’elle veut (ou ne veut plus). Les possibilités de développer une interaction profonde et de qualité semblent en effet particulièrement limitées.

Heureusement les hommes avec qui l’on peut partager, quelque soit notre âge ou le leur, restent nombreux, même si souvent plus discrets, puisqu’ils osent remettre en question une culture qui associe virilité à une consommation des corps et que, comme toute remise en question, cela peut déstabiliser. Du coup, pourquoi s’attarder sur ceux qui s’arrêtent sur leurs fantasmes et plaisirs personnels plutôt que sur ceux avec qui il est possible de tisser des vraies liens de complicité ?

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