Elles le cherchent un peu quand même, non ?

Un proche m’a envoyé cet e-mail il y a quelques jours :

« Je viens de recevoir ce document d’un ami :


« Objet : CANNES FESTIVAL 2017 pourvu qu’il ne leur arrive rien…



Cette année c’est vraiment le grand déballage… et on ne peut même pas dire qu’un vent fripon est passé par là !!!

Après elles vont se plaindre de WEINSTEIN !!?? Demain elles porteront plainte pour harcèlement Sexuel !!! »


Comment ces femmes très médiatisées, peuvent-elles se plaindre ensuite de ne pas être respectées ?
Des jeunes femmes bien foutues vont de ce fait essayer d’avoir des attitudes très provocantes pour leur ressembler. »

 

Leurs tenues révèlent leurs corps, certes, et certaines de leurs attitudes peuvent être considérées comme suggestives, d’accord.

Mais que les choses soient claires : choisir de se dénuder ou échanger un regard complice, ne constitue aucunement une invitation à être pelotée par n’importe qui, n’importe quand et n’importe comment.

Penser que c’est le cas, ne serait-il pas d’ailleurs comme partir du principe que toutes les femmes en bikini ou qui font seins nus à la plage n’attendent qu’une chose, c’est d’être violées ?

Alors, oui ces photos choquent, elles apparaissent comme provocatrices, mais si elles le sont c’est avant tout, à mes yeux, parce qu’elles ne correspondent pas à l’image de la femme telle qu’elle a été définie par les hommes, surtout depuis le 19è siècle : les femmes ne sont pas sensées aimer le sexe autant qu’eux, surtout pas sans sentiment, elles ne sont pas sensées y penser autant, et surtout pas de manière compulsive.

Ou si c’est le cas, alors « ne méritent-t-elles pas d’être violées pour avoir un comportement aussi déplorable que certains hommes ? »

Mais dirait-on la même chose d’un homme exhibitionniste ?

Alors, oui, les femmes exhibitionnistes existent elles aussi. Et comme pour les hommes, on peut leur reprocher d’imposer aux autres la vue de leurs parties intimes et considérer qu’il s’agit de provocation. Qu’on le dénonce, puisque cela heurte les sensibilités, oui.

(Même s’il serait, à mon sens, un peu hypocrite d’occulter complètement le fait que le corps de la femme est tellement exploité dans la vente par les hommes, que notre société les encourage tout de même un peu à croire que c’est la seule façon qu’elles ont de se valoriser et de se faire remarquer…)

Mais peut-il exister une quelconque circonstance où l’on peut justifier de retirer à quelqu’un le droit de choisir avec qui, quand et comment avoir un rapport sexuel ?

Y a t-il un moment dans une relation sexuelle où l’on peut cesser de s’assurer que l’autre est partant.e pour aller plus loin ?

Y a-t-il un moment où l’autre ne pourrait plus dire « stop » ? Si une femme a un rapport initialement consenti avec un homme, mais que l’acte lui provoque des douleurs, soit parce que son corps n’est pas au mieux de sa forme ou que son partenaire s’y prend mal tout simplement, n’a-t-elle plus le droit d’arrêter juste avant qu’il ait pu jouir sous prétexte qu’il est excité ?

Les hommes s’interdisent-ils toujours d’arrêter avant que leur partenaire ait pu jouir, une fois qu’ils ont eux-même été satisfaits ? L’atteinte de l’orgasme pour une femme n’impliquant pas nécessairement la pénétration, et donc la nécessité d’être en érection, en quoi leur arrêt serait-il plus légitime que celui d’une femme ?

Beaucoup d’hommes se défendent ne pas faire partie des harceleurs, et d’avoir toujours été respectueux des femmes. Mais est-ce les respecter que de sous-entendre qu’elles ne peuvent l’être que si elles s’habillent et se comportent selon les critères qu’ils ont eux-même définit ?

N’est-ce pas justement cette attitude discriminante qui plonge tant de jeunes femmes, victimes de vengeance pornographique, à une descente aux enfers (qui finit parfois par un suicide), lorsque leur ex-petit ami décide de mettre en ligne des vidéos les exposant dans leur sexualité ?

Comment les hommes peuvent-ils mettre en ligne des vidéos montrant leurs ébats sexuels avec une femme sans être inquiétés, alors que cette même vidéo sera l’excuse prise pour harceler librement la femme qui a eu « l’indécence » d’être enregistrée dans son intimité, ou d’afficher son goût du sexe ?

Quelle est donc cette culture qui condamne si durement les femmes alors qu’elle se contente de lever les yeux au ciel lorsqu’un homme agit de la même façon ?

Que les hommes ouvrent enfin les yeux : ce n’est pas parce que les femmes ne jouissent pas des mêmes droits qu’eux en matière de sexualité, que leurs besoins ou déviance sont différents.

Les femmes possèdent même le seul organe entièrement dédié au plaisir sexuel : le clitoris. Non, il ne leur sert pas à uriner, comme le pénis (leur urètre est situé entre le clitoris et l’entrée du vagin). Il n’a bien comme seule fonction que la jouissance sexuelle. Et la nature ne s’embarrasse généralement pas de choses inutiles. Si la femme en a un, cela démontre, avec grande probabilité, l’importance que cela a eu dans la survie et reproduction de notre espèce…

Voici d’ailleurs une petite vidéo qui permet de mieux resituer cet organe trop souvent occulté dans les cours d’anatomie (ce qui démontre à quel point le plaisir féminin reste encore trop souvent considéré culturellement comme « non essentiel ») :

 

Donc oui, les femmes ne sont pas anatomiquement ou physiologiquement moins enclines à penser au sexe que les hommes ou en avoir moins envie. À mes yeux, la seule grande différence est qu’elles n’ont pas le luxe qu’ont les hommes d’y penser aussi librement, car en plus d’avoir à se soucier de tomber enceinte ou non, on les contraint à se soucier de ne pas être répudiée ou agressée pour l’avoir exprimé.

Ces précisions ne sont pas pour excuser l’exhibitionnisme de ces femmes. En ce qui me concerne, je le rejette aussi bien chez l’un ou l’autre genre. Il s’agit plutôt ici de mettre en évidence que ce qui choque avant tout, semble être qu’une femme ne se comporte pas comme elle est censée l’être si elle veut « prétendre au respect ».

Encore une fois, dévoiler son corps, comme de nombreux hommes ou femmes peuvent le faire à la plage, ne signifie pas distribuer des pass pour être touché.e de façon intime sans consentement. Pourrait-on cautionner, qu’à un moment donné, le corps de quelqu’un cesse de lui appartenir pour ne devenir que l’objet de quelqu’un d’autre sous prétexte qu’il ou elle le désire ?

Que l’on garde donc à l’esprit que le droit de choisir qui, quand et comment avoir une relation sexuelle n’est pas un droit dont seuls les hommes pourraient bénéficier. Il s’applique à chacun de nous. Et ce nous, d’ailleurs, inclue aussi les prostitué.e.s : le fait d’avoir une relation sexuelle contre rémunération est, quelque soit le regard que nous portons sur cette pratique et ses circonstances, un acte qui ne doit pas être dispensé d’être réalisé dans un respect réciproque.

Il est encore bien difficile pour une ou un prostitué.e de porter plainte pour viol, car on ne reconnaît pas toujours que l’on peut accepter certaines choses, mais pas tout. Le jour où cela leur sera possible sans être dénigré.e au passage, tout comme le jour où le retrait non consenti du préservatif lors d’une relation sexuelle initialement acceptée pourra être reconnu pour ce qu’il est, c’est à dire un viol, cela sera probablement le signe d’une grande avancée dans l’évolution d’une culture excusant encore trop facilement l’agression vers une culture enfin respectueuse de tou.te.s.

Mais tant que des hommes continueront à se demander « comment ces femmes peuvent-elles se plaindre ensuite de ne pas être respectées ? », tant que des hommes s’imagineront qu’il puisse exister des circonstances où des femmes n’ont plus à l’être, qu’ils prennent donc conscience qu’ ils contribuent eux-même à ce que d’autres se sentent légitimes à harceler ou agresser leur mère, sœur, compagne, amie, fille ou petite-fille…

Que les hommes qui pensent ne pas faire partie de cette culture du viol prennent le temps de se demander quel genre de discours ils propagent, s’ils veulent protéger les femmes qu’ils aiment, car justifier l’agression d’une seule femme, c’est la justifier pour toutes : chacune de nous peut se retrouver à être une femme jugée « irrespectable » par un autre, selon des critères qui lui seront propre. Notre quotidien nous le rappelle constamment…

Ceci dit, libre à eux de porter plainte contre l’exhibitionnisme d’une femme lorsque celle-ci montre son sexe en public : il ne s’agit en effet pas de leur attribuer un plus grand traitement de faveur que l’on accorde aux hommes.