Le droit de ne pas s’en foutre ?

Les hommes n’ont pas tous été indifférents face aux révélations de harcèlement sexuel. Et s’il est encourageant de voir quelques hommes se questionner sur leur propre comportement en se demandant s’ils n’ont pas eux-même, peut-être, harceler sans en avoir pleinement conscience ou du moins eu une attitude abusive ou discriminatoire face aux femmes au cours de leur vie,  je pense qu’il ne s’agit que d’une faible minorité et que du coup le chemin reste encore très long.

Récemment encore, j’expliquais à un homme les différentes façons dont le harcèlement sexuel se manifeste, et lui citais la fois où justement j’avais été filmée à mon insu dans une cabine d’essayage. La caméra s’était glissée dans une fente crée intentionnellement à hauteur du bassin. On ne pouvait pas voir mon visage, certes, mais toutes les parties intimes de mon corps étaient enregistrées…

Et là réponse que cet homme m’a donné est très révélateur d’une société malade, à mes yeux. Non, l’empathie n’a pas primé : après avoir exprimé un doute quant à ma capacité à reconnaître une caméra qui apparaît et disparaît (et après on se demande pourquoi les victimes ont peur de ne pas être crues), j’ai été accueillie avec un « Mais qu’est-ce que t’en a à foutre de toute façon qu’on te voit en sous-vêtements ? Moi je m’en foutrais à ta place. Ton visage n’a même pas été filmé en plus, alors quelle importance ? »

Et bien je revendique le doit de ne pas me foutre d’être filmée dans mon intimité à mon insu, justement. Je revendique le droit de ne pas avoir à m’en justifier.

Si une femme souhaite exposer partiellement ou pas sa nudité en privé ou en public, c’est son droit, son corps lui appartient. Mais justement, il lui appartient à elle, ce n’est donc pas à quelqu’un d’autre de lui imposer ce choix.

La banalisation de l’exploitation de la nudité féminine fait que l’on arrive même plus à comprendre qu’une femme puisse ne pas souhaiter être exposée ainsi. On continue à partir du principe que ce n’est pas aux hommes à apprendre à se remettre en question pour apprendre à être plus respectueux, non c’est encore aux femmes d’éviter de se plaindre de quelque chose de « futile ».

Alors, non. Faisons en sorte que l’affaire Weinstein questionne davantage en profondeur sur les conditions qui permettent au harcèlement sexuel d’exister. Qu’on arrête de nous dire qu’il ne s’agit que de quelques hommes malades à éviter. Non, il s’agit d’une culture que nous contribuons à entretenir si nous ne la remettons pas en question, à mes yeux.

N’est-ce pas l’acceptation des harcèlements sexuels « mineurs » qui tracent la route aux agressions sexuelles « majeurs » ? Que l’on écoute donc le témoignage des victimes de viols, et l’on se rendra compte que la plupart n’essaie même pas de se défendre lorsqu’elles se font abuser, tellement elles se sentent impuissantes. Cela ne devrait-il pas interpeller ?

Et comment ne pas se sentir impuissante dans une société qui ne réagit qu’avec un haussement d’épaule lorsqu’une femme exprime le malaise qu’elle ressent lorsqu’elle se sent dépossédée de son corps et de son intimité ? Comment peut-elle espérée être prise au sérieux si ce malaise monte progressivement, mais de façon presque imperceptible, si elle a été « encouragée » à ne pas y accorder d’importance, à ne pas revendiquer le respect de ses droits ?

Comment peut-elle discerner à quel moment son malaise peut être reconnu comme digne d’écoute, d’empathie et de respect ?

 

On m’a aussi, à nouveau, sorti l’exemple de femmes jugées « provocantes » lorsqu’elles sortent en jupes ultra-courtes, ont des décolletés plongeant et portent un string visible à travers leurs vêtements : « Pourquoi s’habillent-elles comme ça si elles ne recherchent pas l’attention ? On peut comprendre qu’ « elles déclenchent » la réaction de certains hommes… »

Et là bien sûr, le questionnement s’arrête-là.

On ne se demande pas pourquoi des femmes se retrouvent à s’exposer autant pour espérer recevoir de l’attention justement, pourquoi elles n’arrivent pas à croire qu’il est possible de l’acquérir autrement, pourquoi elles finissent par se définir avant tout par leur sex-appeal plutôt que par leur capacité à être ou à accomplir… Et pourtant c’est bien ces questions qu’il faudrait pouvoir se poser pour ouvrir les yeux sur le conditionnement culturel de notre société, je trouve.

Alors oui, nombreux sont les hommes qui continueront à penser que les questions de discrimination et harcèlement sexuels ne les concernent pas, car « ils ne sont, ni ne fréquentent ce type d’hommes (ce sont toujours « les autres ») et qu’ils ne peuvent avoir aucun impact là-dessus« . Bref, en d’autre terme le statu quo leur convient parfaitement.

Mais en attendant certains commencent à se questionner, et cela fait du bien. Alors je choisirai de les mettre en avant, comme les réalisateurs de cette vidéo :

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