Les immigrés volent-ils le travail des natifs ?

Le Front National, comme les divers partis « patriotiques » de chaque pays nous a l’ont tellement martelés, que nombreuses sont les personnes qui finissent par se laisser convaincre par cette apparente « logique mathématique » : si je postule pour un job et qu’une personne supplémentaire est autorisé à postuler pour le même job, mes chances sont réduites par deux.

Les immigrés postulent-ils pour les mêmes emplois qu’un natif, cependant?

Mais avant tout, qu’est-ce qu’un ou une immigré(e) ?

Selon le Larousse, un immigré est quelqu’un « qui a quitté son pays d’origine pour s’installer dans un autre pays. » Cela me semble important de le préciser car le mot « immigré » a tellement été associé à la pauvreté, que lorsque qu’un immigré vient d’un pays riche, beaucoup semblent avoir du mal à lui coller ce mot.

Même s’il s’agit d’un retraité qui n’aurait pas besoin de postuler pour un emploi, comme les nombreux français qui s’installent dans des pays plus pauvres qui leur donnent un avantage économique. Ils sont bien eux aussi des « immigrés » et pour être plus précis ce sont des  « immigrés économiques » lorsqu’il s’agit de leur principale motivation et qu’ils ne cherchent pas nécessairement à s’intégrer dans leur pays d’accueil, ne serait-ce qu’en apprenant la langue. Pour les français qui restent aux pays, ce seront des « émigrés » (= des personnes qui quittent leur pays), mais pour les natifs ils seront bel et bien des « immigrés » (= des personnes qui viennent s’installer dans leur pays).

Il m’apparaît aussi important de souligner que le mot immigré ne signifie pas « d’origine étrangère » ou « d’origine ethnique minoritaire ». Quelqu’un qui est né et a grandi dans un pays, quelque soit ses origines, n’est pas quelqu’un qui « a quitté son pays pour s’installer dans un autre ». Les enfants d’immigrés ne sont donc pas des immigrés.

Quels sont donc les caractéristiques d’un immigré ?

Un immigré est donc par définition quelqu’un de déraciné, puisqu’il ne vit pas là où il a poussé. Il n’est donc pas familier avec les codes et la culture du pays dans lequel il s’installe au premier abord. Bien souvent, il ne parle même pas bien la langue. Il peut donc être très qualifié, il part donc avec un désavantage considérable face à un natif s’il choisit de postuler pour un même travail.

Pour un(e) employeur(se), quel pourrait-être l’avantage d’employer quelqu’un qui part avec cet handicap s’il peut avoir à sa disposition quelqu’un qui connaît déjà le pays et avec qui il/elle peut communiquer facilement ?

La possibilité de payer l’immigré un salaire plus bas que le natif, si l’on considère que l’immigré se trouve plus facilement qu’un natif dans une situation précaire et est donc moins exigent ? Mais de quel travail parle-t-on ?

  • Des emplois peu qualifiés ? Le salaire minimum est fixé par la loi, il ne peut donc pas être baissé par une entreprise qui souhaiterait profiter de la précarité et du désespoir de quelqu’un prêt à tout pour avoir un travail.
  • Des emplois plus qualifiés ? Un entretien d’embauche tourne-t-il principalement sur « Pour combien le candidat est-il prêt à travailler ? » ou plutôt sur « Est-il le mieux qualifié pour le poste » ? Les entreprises ne se montrent-elles pas en générale prêtent à offrir un salaire plus généreux pour retenir un candidat plus apte qu’un autre ?

Les besoins en main d’œuvre sont-ils toujours comblés lorsque le pays a un taux de chômage important ?

En septembre 2015, le Figaro rappelait que « Depuis plusieurs années, la France a des besoins en main d’œuvre qui ne sont pas comblés. En avril dernier, Pôle emploi a chiffré à 1,7 million le nombre d’emplois pour lesquels les entreprises «ont des difficultés à recruter» et dont les Français ne veulent plus. En particulier dans les métiers du bâtiment, de l’hôtellerie-restauration, de l’hôpital ou des services à la personne. Des emplois essentiellement peu ou moyennement qualifiés (ouvriers, agents de maîtrise, infirmiers, cuisiniers, techniciens, bouchers, etc.). Mais aussi pour des emplois très qualifiés (informaticiens, cadres commerciaux, techniciens, enseignants, personnel de recherche…). Les tensions enregistrées dans ces secteurs ne se résorberont pas à court terme. »

Et sur le marché du travail, un immigré est-il forcement un demandeur d’emploi ?

Face à un accès au travail difficile (méconnaissance de la langue ou des codes culturels, non reconnaissance de leurs diplômes étrangers, auquel s’ajoute un certain degré de discrimination), certains choisissent de prendre le risque d’entreprendre, pour créer les opportunités auxquelles ils aspirent et qu’ils perçoivent.

Selon une étude de l’Agence pour la création d’emplois (APCE) et d’une agence du ministère de l’Intérieur, plus de 25 000 entreprises ont été créées en France en 2010 par des étrangers non ressortissants de l’Union européenne (soit 7,3% des créations d’entreprises).

Beaucoup sont auto-entrepreneurs, mais d’autres créaient aussi des emplois : selon cette même étude, « 34% d’entre eux disent avoir l’intention de développer leur masse salariale dans les mois à venir (contre 24% parmi les Français). »

Les prêts bancaires leur étant difficilement accordés, ils s’appuient en général sur le réseau et les compétences familiales pour se mettre à leur compte, ou encore sur le prêt à la consommation, plus facile à obtenir, mais en tout évidence plus risqué car il ne les protège pas d’une faillite.

Face aux discours populistes martelés par ceux qui n’ont comme programme politique que la stigmatisation, il reste donc important de se poser les bonnes questions : l’immigration est-elle réellement une menace, ou simplement un bouc émissaire pour les problèmes socio-économiques ?